Le Vendredi Saint
Aujourd’hui,
nous n’allons entendre que des cris, des déchirements, des pleurs,
des coups sourds de masse qui s’écrasent sur la chair, des
insultes, voire des maltraitances, et surtout ce grand silence, car
le Verbe de Dieu, ne parle pas. Celui par qui tout a été fait se
tait.
Devant
ses agresseurs, ceux qui revendiquent, qui crient, ceux qui rient,
qui pétitionnent pour un brigand, Barrabas, Il n’ouvre pas la
bouche, insulté, il ne rend pas l’insulte, maltraité, il ne fait
pas de menace. Le Verbe de Dieu ne commerce pas avec le mal. Lui qui
est au-dessus de tout, qui vient de Dieu et retourne à Dieu, Lui qui
a tout fait, ne peut entrer en relation avec ce qu’il ne connaît
pas : le péché. Avec le mal, il ne discute pas, mais Il le porte
sur ses épaules. Il ne le regarde pas mais le traîne, le maîtrise
et le détruit. Il n’aime pas le péché, et ce qu’il n’aime
pas, il ne le regarde pas. Il ne regarde que ceux qu’il aime, les
pécheurs.
Il
aime Pilate, il essaie de faire germer en lui, ce qu’il peut y
avoir de bon, mais le désir de pouvoir, la pression de la foule,
rend aveugle le gouverneur qui ne peut reconnaître que la Vérité
est en face de lui. «Qu’est ce que la Vérité ?»
s’exclamera-t-il.
Jésus
va mourir certes, Il le sait. En se taisant, il est exemplaire : Il
meurt dignement, ses dispositions intérieures rendent sa mort
éclatante aux yeux du monde. Il nous montre quel chemin suivre pour
mourir, une acceptation, non pas un résignation. Dans sa Passion, le
Verbe de Dieu nous apprend à mourir en silence.
Silence
seulement… donc ? Non, car le Seigneur nous aime et veut nous aimer
jusqu’à la fin… c’est sa façon à lui de nous aimer : Il
parle et cela est. Ainsi, le Verbe de Dieu sur la Croix va se
remettre à parler. Du haut de la chaire de la Croix, Le Verbe de
Dieu prêche, il crée et par lui tout est encore fait : Il attendit
d’être sur Chaire de la Croix pour nous livrer son dernier
testament. Hier, il nous laissait, le mémorial de la Charité,
aujourd’hui, il nous donne les moyens de la vivre.
Dans
l’Évangile de saint Jean, quatre paroles du Christ vont nous être
livrées: «Voici ta Mère, voici ton Fils, J’ai soif, Tout est
accompli»
«Voici
ta Mère».
Elle est debout près de la croix… Par son
obéissance filiale, la Vierge Marie réalise le parcours de ceux qui
veulent suivre le Christ, elle est un modèle. Par le don qu’elle
fait au Père de son Fils, elle accomplit sa vie Fille de Dieu.
C’était sa mission particulière, à elle. En devenant Mère du
Fils, elle devenait fille de Dieu par même Fils. Aujourd’hui
debout, Marie offre son Fils au Père, dans cette même offrande que
le Fils fait de lui-même. Tout converge vers la Croix et s’oriente
vers le Père. Ainsi, pour la Vierge des Douleurs, sa vie filiale
s’accomplit aujourd’hui au pied de la Croix… Sa maternité
maintenant est autre, elle devient la mère de ceux qui suivent Jésus
jusqu’au Golgotha au pied de la Croix : «Voici ton Fils».
Privilège
du disciple Bien-Aimé, non ! Mais chemin de ceux qui portent leur
Croix et veulent la configurer à celle de Jésus Christ. Il
appartient maintenant à la Mère, à l’Église d’éduquer ses
enfants, de les ouvrir à la vie par les sacrements qui jaillissent
de son cœur, de son Fils, et de tout mettre en œuvre pour en
refaire des Fils de Dieu. Et Fils de Dieu nous le sommes, aujourd’hui
par la Croix. Tout est accompli.
Le
Fils nous donne aussi sa soif pour le salut du monde.
«J’ai
soif».
Car oui, frères et sœurs, cette soif du Christ est
toujours actuelle, elle est même nôtre. Tout est accompli, tout est
en place pour que nous puissions devenir des enfants de Dieu, par
celui par qui tout a été fait. Jésus nous demande de poser un acte
de foi, Jésus à soif du salut du monde, mais il ne peut pas avoir
soif à ma place, ici dans les ténèbres de nos vies, dans toutes
ces croix que nous avons à porter, aujourd’hui, nous pouvons
offrir au Seigneur, qui veut nous en décharger et il ouvre ses bras
pour toutes les embrasser. Curieuse soif ? Les croix ont un souvent
goût de fiel, car elles sont le fruit de mon péché et du mal qui
se déploie sur la terre et dont je ne suis pas toujours responsable.
Mais il veut les porter gratuitement, afin que nous goûtions au lait
et au miel. Puissent nos Croix se configurer à celle de Jésus.
Avons-nous soif de cela ?
Jésus
est bien mort. Il meurt en ouvrant sa bouche créatrice, il meurt en
ouvrant ses bras, il meurt en ouvrant son cœur. Il meurt car il veut
nous redonner goût à la vie.
Alors âmes blessées, pleurons,
oui, sur nos péchés, disons notre douleur, mais courons, sortons de
notre martyre, hâtons-nous ? Où ça, me direz-vous ? au Golgotha,
prenons les ailes de la foi fuyons ! Où donc me direz-vous ? À la
colline de la croix. Là est notre salut.